Dimanche 24 septembre 2017

GERARD THALMANN

Artiste(s): 
THALMANN Gérard
Du 01-07-2017 au 17-09-2017
Lieu: 
Terrasse
Résumé: 

Peindre, fabuler, s’évader…

 

 

 

Dès le regard séduit, voici une peinture qui suscite, provoque, implique la description. L’ecphrasis s’accorde à Gérard Thalmann. Quel souffle nous pousse à cette inclination rhétorique ? Sans doute le mystère induit par ces toiles dont les principes formels s’inscrivent dans la liberté du songe. Tentatives nécessaires et dérisoires d’expliciter le vertige !

Les traversées de Gérard Thalmann ont pour unique cicérone notre capacité d’émerveillement. La raison est ici en cause, mais aussi et avant tout, le rêve, le jeu, le plaisir. Cette délectation de la peinture qu’appelait Nicolas Poussin de ses vœux. Pour ce faire, il faut se dédoubler, être plusieurs, divers. « Gérard Thalmann est-il peintre, poète, inventeur, explorateur, mémorialiste et même archéologue ou tout cela à la fois ? » s’interrogeait le poète et critique Alain Jouffroy dans la préface de l’exposition À Tire d’aile ( galerie Pascal Gabert, 2011 ). Fenêtre Peinture ( 1976-1980 ), La Mort d’Eschyle ( 1980-1983 ), Nuit traversée ( 1982-1986 ), Tableaux épitaphe ( 1987-1988 ), Apories ( 1989-1991 ), Rives/ Arches ( 1995-1997 ), Fantaisies ( 1997-2000 ) Saisons ( 2001- 2002 )... Autant de balises dans un parcours qui s’apparente à l’image d’une dérive poétique assumée. Une évasion méditative, contemplative et néanmoins aventureuse. Où l’on voit le pingouin Alfred, Gérard Thalmann et Gilles Ghez sauvant Nicolas Bouvier des griffes du poisson-scorpion1. Le petit chinois Li Po (un personnage familier, un commensal qui comme le poète et le peintre, aime les femmes, l’alcool et la lune…) aurait pu être partie prenante de ce voyage immobile.

« Une narration toujours possible mais sans nécessité »2. Si le paradoxe existe dans l’œuvre de Gérard Thalmann, il est tapi au cœur même du propos. Non dans la thématique dont la densité ludique et rêveuse interpelle et renouvelle le regard. Non dans la diversité technique ( dessin, collage, photomontage ) qui, dans l’esprit et la lettre relève par principe essentiel de la peinture. Non dans cette perpétuelle errance où l’image n’existe que dans la réalité du songe. Mais dans la spécificité même de cette peinture. Une peinture qui accomplit le tour de force de n’avoir d’autre référence qu’elle-même tout en se confrontant en permanence aux maîtres anciens. « Ciel mon enfer ! Enfer mon paradis. Peindre comme on joue à la marelle, insouciant du temps qui passe. Seulement pour le plaisir de jouer »3. Jouer, rêver, créer… Embrasser l’histoire et la mythologie. Se rendre maître de Chronos ? Donner à voir les contradictions et les interférences du passé et du présent. Penser l’aporie en devenant le souverain du temps et de l’espace sur la toile. Jouer, rêver, créer une fabula picturale. Pour Gérard Thalmann la peinture n’a d’existence que par et pour l’évasion.

 

Robert Bonaccorsi

mai 2017

 

1 – Boîte de Gilles Ghez, 60 x 60 x 10 cm, 2004.

2 – Jean-Philippe Chimot, catalogue Peintures 1991-1993, Galerie Pascal Gabert, 1993.

3 – Gérard Thalmann, notes de travail, in catalogue Rives/Arches, Galerie Pascal Gabert, 1996