Mercredi 21 novembre 2018

L'IMAGE EN MORCEAUX

Artiste(s): 
Arnal, Boubenec, Broquet, Chambon, Cognée, Comar, Contenay, De Huescar, Erro, Escande, Fontaine, Ghez, Jev, Kolar, Kototamalune, Laborde, Latuner, Le Gac, Matta-Clark, Messac, Meynard, Moninot, Monory, Morteyrol, Poli, Pons, Ponti, Poulos, Rondepierre...
Du 16-06-2018 au 16-09-2018
Lieu: 
Terrasse
Résumé: 

L’image en morceaux

 

 

 

L’image a toujours eu ce statut d’un passage entre le monde sensible et humain et le monde intelligible, transcendant et divin. Que signifie aujourd’hui la “mettre en morceaux” si ce n’est tenter une fois encore de lui faire rendre gorge d’une Vérité qui lui serait sous-jacente ou surjacente? Cette mise en pièce a commencé avec l’Art Moderne et surtout avec le surréalisme qui cherchait à découvrir dans son morcellement sa nature même de “passage” entre le dit et le non-dit, la conscience et l’inconscient, le visible et l’invisible, dans le rapport que l’Image entretiendrait non avec son “hors-champ”, comme fragment elle-même de ce qu’elle n’est pas, mais plutôt avec elle-même. Que dit-elle ? Que ne dit-elle pas ? Que montre-t-elle qu’on ne voit pas ? Et comme les enfants qui démontent leur jouet, il suffirait de la “démonter” pour en comprendre le fonctionnement interne ? L’image à l’heure aujourd’hui du numérique et du visuel ne renvoie plus à une chose ou une idée extérieure qui existe ou a existé mais à elle-même et aux pièges qu’elle tend à notre regard. C’est à ces métamorphoses de l’image artistique que nous voulons ici nous confronter pour comprendre la constitution de ce nouveau regard, non depuis une grille théorique mais à partir des images des artistes et de leur fabrique même. En effet, à partir du XXe siècle, les techniques même de réalisation (collage, assemblage, installation) président souvent à la construction (morceaux collectés constituant une nouvelle forme, à l’image des mosaïques et des puzzles) ou à la déconstruction de l’œuvre (production réalisée puis morcelée : déchirée, découpée, brisée, explosée ...). Les morceaux (répétition, collection, série, accumulation) sont rassemblés ou dispersés sur un fond (collage, photomontage, tableau-relief, relief) ou dans un lieu (installation, installation in situ, environnement, anamorphose, performance), impliquant parfois la participation du spectateur (point de vue, parcours, manipulation). Ces morceaux sont des fragments du réel : matériaux pauvres, images préexistantes, objets, nourriture, déchets, animaux (corps naturalisé, peau, chair, os) et éléments naturels (pierre, branche, fleur). Leur nature même entraîne parfois l’aspect éphémère ou difficilement déplaçable de l’œuvre, d’où de nombreuses photos ou vidéos pour en garder trace. Ce sont sous toutes ces déclinaisons qui se déploient sur la totalité de la Villa Tamaris en offrant à chacun un espace pour que, par une série d’œuvres chacun, nous puissions en saisir le processus de mise en morceaux et en apprécier l’efficacité critique, artistique et conceptuelle en regard de cette confrontation.

 

Évelyne Artaud