Vendredi 15 décembre 2017

MERRI JOLIVET

Artiste(s): 
MERRI JOLIVET
Du 16-06-2017 au 17-09-2017
Lieu: 
Rez-de-jardin
Résumé: 

Figure marquante de l’Atelier populaire des Beaux-Arts en 1968, Merri Jolivet n’a jamais cessé de questionner le monde en pratiquant de nombreux allers-retours entre l’engagement politique, l’action collective et l’exercice de la peinture, activité individuelle enrichie d’expériences et mûrement réfléchie.

 

Fils du compositeur André Jolivet (1905-1974), Merri était par atavisme familial prédestiné à la musique. Mais à la pratique du violon fortement suggérée par la figure paternelle, il préfère celle du pinceau émancipateur et c’est vers l’école des Beaux-Arts de Paris qu’il se dirige, nourri de toutes les cultures croisées dans la sphère familiale et animé d’une curiosité tous azimuts. La réflexion politique en est un ferment actif.

Le tournant de 1968 est appréhendé dès le 22 mars puis approprié avec la création de l’atelier populaire de l’école des Beaux-Arts dont les affiches écriront l’histoire. Merri Jolivet en est la cheville ouvrière aux côtés de Guy de Rougemont, Gérard Fromanger et Julio Le Parc, une bande des quatre désormais soudée pour la vie.

 

L’engagement militant ne le quitte pas et le métier sérigraphique acquis à l’atelier populaire lui dicte des tableaux de circonstance qui fixent les événements mémorables de l’époque, de l’assassinat de Pierre Overney le 25 février 1972 aux luttes de libération coloniales. Mais Merri Jolivet n’est pas homme à s’enfermer dans un genre, une ligne, une pensée. Son cheminement est fait de ruptures et de remises en cause aventureuses dont l’œuvre témoigne. Un parcours marqué de temps forts et d’éclipses.

 

D’une figuration narrative au réalisme photographique méticuleux de “Paris et ses merveilles”, il passe aux graphies minimalistes et obsessionnelles de “Mille morceaux”, avec en commun une attirance pour le vide ou l’absence, en l’occurrence l’effacement des bâtiments institutionnels du paysage parisien ou le crayonnage erratique d’une écriture quasi musicale sur la page blanche.

 

Du réalisme à l’abstraction, des petits aux grands formats, du trait incisif aux grands aplats de couleur, Merri Jolivet prend nécessairement le contre-pied de l’ouvrage précédent pour explorer le champ pictural. Cent fois sur le métier… A la fin des années 1980, les tableaux de la série “Le jour, la nuit – Séquence deux” opèrent un remarquable changement d’échelle et de manière avec la superposition de larges plages colorées. S’ensuit bientôt une nouvelle manière agrandie et recoupée au carré avec la série “Le Pli du pli” (1993) aux fenêtres béantes plus ou moins vides ou remplies.

 

A l’activisme politique des années 1970 et à l’exploration du champ pictural des années 1980 succède l’ouverture au monde avec de longs voyages et de multiples séjours à travers tous les continents et en particulier l’Afrique approfondie du Kenya au Mali puis au Togo où il séjourne longuement avant de repartir en Afrique du Sud, mais en repassant immanquablement par Paris. Il en revient à chaque fois porteur d’une œuvre en gestation, amorcée sur place avec les matières et les moyens du bord et poursuivie à Paris : dessins lino-graphites du Kenya en 1990, “tableaux de bord” de Pretoria en

2004, etc… Puis avec la maladie et les nuits d’insomnie, le repli se fait sur la feuille et le trait se rétrécit jusqu’à la pointe Bic pour suivre son cours intuitif autant qu’automatique. La vie ne tient qu’à un fil. Merri Jolivet en a parcouru toutes les étapes et son œuvre en restitue les états successifs sur un large spectre expressif, dessin, sérigraphie, gravure et peinture de grand format, glissant à la surface des choses pour dire le trouble d’exister.