Lundi 23 octobre 2017

STACK Alain Pontarelli / Pascal Simonet

Artiste(s): 
Alain Pontarelli / Pascal Simonet
Du 07-10-2017 au 28-01-2018
Lieu: 
Rez-de-jardin
Résumé: 

J’aime à penser que le processus de création de Pascal Simonet, plus simplement et concrètement, sa manière d’appréhender le réel, relève des rêveries du regardeur solitaire. À l’origine donc, des vagabondages sans raison mais non sans discernement. Regarder, observer, inventorier, sans a priori

artistique, notre environnement quotidien, celui que l’on habite, que l’on traverse et que l’on ne voit pas ou plus. Être présent et à bonne distance (simultanément) de ces espaces imbriqués, contaminés,

aux frontières incertaines ou abolies ou rien n’est “naturel”, surtout pas les espaces “préservés”. Le “paysage” n’a jamais été une donnée de fait. Il n’existe pas en soi. Il se construit, se défait, change, s’élabore. Les peintres de “Vedute” du XVIIIe siècle témoignent de la chose. Veduta, “la position où tombe la vue”, le langage de la perspective à l’œuvre au service de la représentation fidèle de lieux existants. Référence utile mais qui ne rend pas compte du travail de Pascal Simonet. Son approche subtile implique dans le même mouvement la présence et la mise à distance. L’imprégnation, voire l’infusion, sont ainsi convoquées. Aucune idée préconçue, de prétexte, mais la prescience maîtrisée. La pensée créative (l’inspiration donc) vient ici en marchant. “Le paysage, c’est ce qui se forme dans ma tête, une fois rentré à la maison lorsque j’ai oublié qu’un chat gris a croisé mon chemin, et qu’au fond de l’étang, une bouteille de coca-cola brillait”. L’essentiel se fait ensuite à l’atelier mais jamais de façon univoque. Être tout à la fois spectateur, témoin, acteur, voilà l’enjeu. Pascal Simonet utilise, pratique, en fait tire parti, du dessin, “d’objets” minéraux et végétaux, du mobilier urbain de la photographie… Il met en espace des sculptures et des installations de façon transversale, en se jouant des catégories, avec souvent des préoccupations de peintre particulièrement au niveau de la réflexion sur le cadre. La vidéo également, comme un simple outil. En mars 2000, à La Valette-du-Var, il fixe une caméra sur la tête d’un cheval, construisant ainsi une image du lieu, par des plans “naturels”, “organiques”, via une caméra, reproduisant un code perspectif hérité du Quattrocento. “Il croit qu’il filme, en fait, c’est Sony qui filme” dirait Godard. Le rapport nature/culture se retrouve ainsi décliné sous ses multiples aspects. In vivo, in situ (dans les interventions plurielles de Pascal Simonet à propos des jardins), mais aussi dans les lieux d’expositions plus convenus, pensés et investis de façon réflexive. Un travail en conscience où le souci écologique se retrouve mais dépourvue de toute dimension militante. Aucune contrainte dans ces œuvres ouvertes qui développent l’idée d’une maîtrise à la fois objective, infinie dans le temps et l’espace, mais aussi historique dans sa dimension sociale, humaine, très humaine ! Nous sommes partis d’une simple promenade, d’une perception intuitive. Nous voilà rendus à l’analyse formelle, à l’image artistique qui fait sens, au regard de Pascal Simonet dont les œuvres pertinentes et sensibles suscitent l’échange et l’interrogation via notre faculté d’émerveillement. Il est plus que jamais nécessaire d’accorder toute notre attention aux rêveries de ce promeneur solitaire.

 

 

 

Osons le postulat : Alain Pontarelli est sculpteur. Tendanciellement ? Principalement ? Essentiellement ? Autant de réserves qui tendraient à démontrer que la casuistique est inhérente à l’art contemporain. Pour tenter d’expliquer le paradoxe examinons les faits. Alain Pontarelli dessine, Non pas aussi, mais dans le même temps qu’il pense et réalise des volumes. Non des esquisses, des croquis, des schémas, mais des éléments constitutifs de son projet artistique. Il pratique également le collage. Une présence surréaliste assumée qui manifeste une volonté de penser l’hybridation comme vecteur de compréhension du réel. Saisir le sens d’une image, en créer de nouveaux, par la rencontre, le détournement, la séquence morcelée. Une volonté de surprendre dans son mouvement même la mécanique des images, donc du récit. Le croisement et la combinaison impliquent la segmentation. Etudier les ressorts (les secrets), du mouvement du monde en les mettant à nue. Disséquer le visible mais à la façon d’un horloger. Tout cela doit se faire par soi-même, en refusant toute pièce manufacturée. Ici, le readymade n’est pas de saison. Cet aspect artisanal que l’on distingue implique le changement d’échelle, le modèle réduit, y compris dans ses dimensions ludiques et souvent érotiques. Le désir secret d’un cabinet de curiosités contemporain où se dissimuleraient des objets du second rayon, “Irréguliers et libertins”, Objets à mobilité réduite / objets maquettes. Devenir mécanicien, ouvrier d’un espace réinventé, celui d’une construction navale disparue (les Chantiers de La Seyne-sur-Mer) comme ce fut le cas lors de l’exposition à la galerie La Tête d’Obsidienne en 2002 (Le Laborieux). Travailler, tordre, manipuler, tourmenter la forme et le sens pour en révéler leur permanente duplicité. La quête des causes internes constitue un point nodal de ce travail dont l’aspect rudimentaire favorise paradoxalement la complexité. “Quoi contient quoi ?” Alain Pontarelli a ainsi élaboré des armatures, des boites, des cages dépourvues de grilles, où il tente vainement de s’insérer. Des corsets trop étroits, des réceptacles, des refuges imparfaits munis de rouages, de manivelles qui donnent à voir cette dialectique du matériau et de l’organique. Une mécanique du vivant saugrenue et aliénante, un engrenage suppliciant dans l’esprit, sinon la lettre de Raymond Roussel. Suivons la piste en évoquant l’exposition, ou plutôt la récente série Conversation saphique dans une arrière-cour. Des sculptures en métal et matériaux divers avec des titres en forme de jeux de mots. Ciselages, découpes, corsets, talons, rubans, dessous féminins… La mécanique du corps érotique et aussi son armature, sa structure (La Femme qui marche). Nous parlons du dessin, du collage, de performance dans la perspective d’un dépassement des catégories de la sculpture. De la peinture également dans cet emploi de la couleur qu’Alain Pontarelli qualifie de “non peinture”. La peinture devient plus qu’une surface, une peau (l’organique encore). Souvenons-nous de la réflexion du Diderot : “en peinture comme en morale, il est dangereux de voir sous la peau”. Ici, la couleur recouvre, habille, rend conforme les objets. Elle les place, sous l’égide d’un point de vue tout à la fois neutre et informé. Elle caractérise l’apparence, son sens, en laissant la mécanique en attente. Diderot serait perplexe, il laissait cet aspect aux savants ! Pourquoi pas aux sculpteurs ? Alain Pontarelli décline son travail en séquences. Le jeu de pistes empruntées, oubliées, défrichées, abandonnées, interrogent en permanence la forme en épuisant ses possibles. Les allers-retours favorisent l’émergence des récits induits comme autant de Machines célibataires “aux rouages figés”. Objets, dessins, collages ne sont au service mais s’inscrivent dans la perspective du volume, dans ce désir d’explorer en permanence la forme tridimensionnelle. Sans tabous, mais non sans règles. En ce sens, Alain Pontarelli s’affirme sculpteur de son temps (contemporain si l’on veut), mais surtout tel un artiste qui a su ouvrir, définir et baliser son propre champ d’expériences. Son univers singulier. Voilà l’essentiel.

 

Robert Bonaccorsi 

Aout 2017